APPRENDRE À CONNAÎTRE LE CORPS HUMAIN TOUT EN POUSSANT LE MIEN – Cycling Canada Cyclisme

APPRENDRE À CONNAÎTRE LE CORPS HUMAIN TOUT EN POUSSANT LE MIEN

Par Keely Shaw, médaillée de bronze paralympique et doctorante en kinésiologie et sciences de l’exercice.

La plupart des gens considéreraient probablement que concourir au niveau olympique/paralympique est la quintessence de la performance physique. Ces mêmes personnes considéreraient également la poursuite d’un doctorat comme le plus haut niveau de performance intellectuelle. À un moment donné, j’ai décidé que je voulais faire ces deux choses…en même temps.

Étudier à temps plein pour obtenir un doctorat en espérant être employable un jour tout en s’entraînant à temps plein pour tenter de te tailler une place sur le podium du plus grand événement sportif du monde. La plupart des doctorants ont du mal à faire les 150 minutes d’activité physique recommandées par semaine. Je dois trouver entre 10 et 20 heures par semaine pour m’entraîner. Il n’est pas rare que certains étudiants de troisième cycle passent 12 heures par jour au laboratoire et considèrent que 7 heures de sommeil constituent une bonne nuit. J’ai besoin de 8,5 à 9 heures de sommeil chaque nuit. L’équilibre de toutes ces variables, responsabilités et engagements peut être une tâche impossible pour certains, qui perçoivent les études et le sport comme étant des opposés.

Toutefois, je vais être honnête : mon doctorat est en physiologie de l’exercice et en nutrition sportive, donc le lien entre mes études et mes activités sportives est assez clair. Mon parcours universitaire m’aide à exceller dans le cyclisme. Ma compréhension intime de la physiologie humaine et des besoins nutritionnels d’un athlète me permet de poser des questions intelligentes lorsque je travaille avec une équipe sportive. Mon expérience vécue en tant que cycliste me permet d’apporter une perspective unique à l’équipe de recherche. Cependant, je dirais que le lien entre ma scolarité et ma carrière de cycliste va au-delà de ce qu’on peut percevoir. Ma scolarité me permet d’être une meilleure cycliste, et le cyclisme me permet d’être une meilleure étudiante et chercheuse. Le fait d’être obligée de prendre le temps pour faire de l’exercice, de dormir et me nourrir correctement fait de moi une meilleure chercheuse. Le fait de devoir me concentrer sur mes études et mes recherches me permet de m’éloigner un peu du vélo lorsque c’est nécessaire.

Lorsqu’on pense au lien qui existe entre les deux, il peut sembler « facile » ou naturel d’équilibrer ces deux activités. Croyez-moi, ça ne l’est pas. Il faut constamment jongler avec les tâches ; il faut communiquer en permanence avec mes équipes cyclistes et universitaires ; il faut que j’essaie de gérer chacune de mes charges de travail de manière à ce que lorsque les exigences du cyclisme sont élevées, celles de l’école le soient moins, et vice versa ; il faut que j’accepte l’échec. Je dois m’assurer que je planifie ma vie à la minute près les jours où le temps me semble compté. Et je dois comprendre mon corps et mon cerveau suffisamment bien pour savoir quand trop c’est trop. Il ne s’agit pas d’essayer de passer outre les entraînements difficiles ou le syndrome de la page blanche, mais de les considérer comme un signe qu’il est temps de se reposer, de récupérer et de réessayer le lendemain, même si je dois interrompre un entraînement pour le faire.

Ce que j’ai appris, c’est qu’il est inévitable que je « laisse tomber la balle » parfois. Parfois, j’ai l’impression de la laisser tomber plus souvent qu’à mon tour, mais ce que j’ai compris, c’est que certaines balles sont en caoutchouc et vont rebondir, indemnes, lorsqu’on les lâche. D’autres balles, par contre, sont en verre. Si ces balles tombent, elles sont irréparables. Ma vie est une évaluation constante des différentes balles que j’ai en l’air à tout moment et je dois continuellement évaluer lesquelles sont en verre et lesquelles sont en caoutchouc. C’est un processus fluide; une balle qui est en caoutchouc un jour peut être en verre le lendemain.

Mon mari m’a dit un jour que mon travail consiste à être exceptionnelle. Mon travail ne consiste pas seulement à faire du vélo, ni même à faire de gros efforts sur le vélo. Mon travail consiste à concourir au plus haut niveau et à remporter des médailles pour le Canada. Mon travail ne consiste pas seulement à lire des documents de recherche, mais à réfléchir au plus haut niveau pour poser et répondre aux questions qui permettront d’améliorer la santé et les performances de la prochaine génération.

Je n’ai pas l’impression de faire ce que je fais pour être étiquetée comme exceptionnelle. Au contraire, je ne veux pas d’étiquette du tout. Si j’étudie, m’entraîne et participe à des compétitions au plus haut niveau, c’est grâce à ma curiosité et aux valeurs qui m’ont été inculquées et qui accompagnent tout ce que je fais. La possibilité de pousser mon corps et de voir à quelle vitesse il peut aller, tout en apprenant sur la capacité générale de l’être humain à aller au-delà de ce qui est considéré comme la « norme », est ce qui rend non seulement ma vie, mes sports et ma carrière universitaire incroyables, mais me motive à continuer à faire ce que je fais. Bien qu’il semble parfois impossible de jongler entre les études et le sport, la possibilité d’apprendre, de pousser mon corps et de représenter mon pays est quelque chose que je n’échangerais pas.