ROBERT FLETCHER : L’AVENTURE AU-DELÀ DE LA RETRAITE
Ce n’est pas tout le monde qui puisse affirmer avoir traversé des villes, des frontières, des fuseaux horaires et des cultures à bord de son vélo – surtout pas à l’âge de 80 ans!
Pour Robert Fletcher, un cycliste d’aventure octogénaire, il n’y a aucune sortie à vélo trop ambitieuse pour être réalisée. Originaire de London, ON, vivant maintenant au Costa Rica après avoir pris sa retraite, il dédie maintenant son temps au vélo. Au cours des cinq dernières années, Robert a organisé des tours de vélo au Costa Rica et au Nicaragua pour sa famille et ses amis, tout en organisant des sorties incroyables pour lui-même : il a roulé 300 kilomètres d’Amsterdam à Rome en un mois; 1500 kilomètres à la Garden Route en Afrique du Sud en seulement 18 jours; et roulé d’Anchorage jusqu’à Mexico City, pour un total de 10 400 kilomètres en quatre mois.
À l’aube d’une nouvelle décennie de vie, Fletcher mise sur une nouvelle aventure : un record du monde Guinness.
Après avoir visionné l’émission The Long Way Up, où les protagonistes conduisent leurs motos Harley Davidson de l’Argentine à Los Angeles, Fletcher a eu une idée. Pour célébrer son 80e anniversaire, il roulerait de l’Alaska jusqu’à Panama City sur son vélo électrique. Pour agrémenter le tout, l’idée d’un record du monde lui est apparue comme une évidence. Après que sa candidature ait été acceptée par les records du monde Guinness pour la plus grande sortie à vélo motorisée, il a débuté les préparatifs afin de surpasser la distance de 8092,2 kilomètres.
Cyclisme Canada a été en mesure de discuter avec Robert entre deux étapes de l’aventure afin d’en savoir plus sur son expérience.
En combien de temps as-tu planifié cette aventure?
J’y pense depuis le début de février, quand j’ai réalisé que j’allais avoir 80 ans et que je voulais faire quelque chose de spécial. J’avais quelques idées en tête, mais c’est quand j’ai vu la série Long Way Up que j’ai eu l’idée de faire la même chose, mais à bord de mon vélo électrique.
Crédit photo : Robert Fletcher
Quel a été le plus grand défi?
Pour ce qui est du vélo, tout s’est bien déroulé. Mais le fait de devoir me soumettre à un horaire rigide, afin d’arriver aux dates prévues ne m’a pas laissé autant de liberté que ce j’aurai souhaité. Je n’avais pas le temps d’être malade ou d’avoir des problèmes mécaniques, il fallait continuer d’avancer. Je devais aussi voyager pour rencontrer de la famille, je faisais des entrevues médiatiques et des vidéos en direct sur Facebook, tout en essayant de prendre des journées de repos.
La traversée des frontières dans les pays de l’Amérique latine nous a grugés beaucoup de temps. En tant que cycliste, ça aurait dû être plus simple, mais il nous fallait parfois près de quatre heures pour finaliser les formulaires, à cause de la vanne qui me suivait et que les douaniers devaient inspecter.
Aurais-tu souhaité faire quelque chose différemment?
Une chose que j’aurais voulu faire autrement est de me planifier plus de temps pour traverser les douanes et s’assurer d’arriver assez tôt pour ne pas avoir à rouler dans le noir, parce qu’à quelques occasions, on a dû rouler 10 à 20 kilomètres dans la noirceur totale.
Évidemment, on ne s’attendait pas à faire face à un ouragan, de devoir s’arrêter pour attendre que la tempête se termine. Nous avons perdu quelques jours à attendre que ce soit sécuritaire de continuer.
Est-ce qu’il y avait des journées plus difficiles?
Pas physiquement, mais il y a eu des journées plus complexes mentalement, particulièrement quand j’ai dû rouler dans une section qui n’avait pas été documentée auparavant. J’essayais de découvrir le plus de nouvelles routes possible et de ne pas refaire les mêmes sections. En traversant San Diego, nous avons essayé un nouveau chemin et pour les jours précédant cette sortie, j’étais vraiment nerveux. Je ne connaissais personne d’autre qui avait traversé cette route en vélo. Une fois là-bas, les journées étaient longues. Il n’y avait ni villes ni magasins, les températures pouvaient atteindre 44 degrés. Il s’agit de mon souvenir favori du voyage, grâce aux paysages, au désert, au silence. J’étais nerveux de prime abord, mais ce moment restera gravé dans ma mémoire longtemps.
Même avec ces quelques défis, pour moi, c’est la même chose que de se lever pour aller travailler. Je me réveille à 7 heures du matin, je mange mon déjeuner et je quitte en vélo pour cinq à six heures. Je prends quelques bières à mon retour et je me répète « Wow, j’ai la chance de faire tout ça à nouveau demain. Je suis l’homme le plus chanceux du monde. » J’ai la chance de rouler 130 chemins en 130 journées, alors je ne peux pas dire qu’il y a eu de réel défi, même si les journées étaient parfois longues. C’est une expérience complète, à rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles cultures, de nouvelles langues. C’est extrêmement spécial.
Étais-tu accompagné lors de ce périple?
Quand j’ai mis le projet sur pied, je savais que j’aurais besoin de quelqu’un qui roulerait avec moi toute la journée, pour me tenir compagnie. Chaque personne présente avait une habileté qui a été utile tout au long du voyage. Quelqu’un parlait espagnol, ce qui a énormément aidé en traversant les frontières; une autre personne était responsable de filmer; on avait un gestionnaire de projets qui s’occupait de réserver les hôtels pour tout le monde. Ils ont été présents, dans les belles journées comme dans les plus difficiles.
Crédit photo : Robert Fletcher
Comment a été l’accueil dans les villes visitées?
C’était génial, les gens s’arrêtaient pour prendre des photos. J’avais un signe accroché dans le dos qui expliquait le projet et les gens semblaient vraiment inspirés. Je voulais les motiver à aller dehors, à monter sur un vélo et je voulais leur dire qu’ils étaient capables de faire la même chose. J’étais surtout content de l’intérêt des jeunes envers le projet.
La pancarte a vraiment permis d’attirer l’attention, les gens klaxonnaient et nous saluaient. Certains s’arrêtaient pour nous offrir des cadeaux, d’autres nous ont préparés à dîner, un homme m’a même offert un gigantesque pot de beurre d’arachides. La police était vraiment sympathique, les officiers nous ont permis de traverser des sections où le trafic était plus intense, d’autres nous ont amenés au poste pour essayer leur vélo de montagne.
Quel a été ton moment favori?
Le moment le plus marquant a été la fin du périple, l’arrivée à Panama, parce que le travail était terminé, le travail était bien fait. Nous étions dans les temps que nous avions planifié, tout s’est bien déroulé. Nous étions seulement quatre ou cinq jours en retard. C’était un sentiment spécial que d’avoir accompli une aussi grosse mission, de terminer un projet que j’avais élaboré et d’atteindre les objectifs que je m’étais donnés. C’était sans aucun doute la partie la plus exaltante de lever le vélo au-dessus de nos têtes à Panama City.
Crédit photo : Robert Fletcher
Que souhaites-tu changer pour la deuxième section du périple?
Ce sera bien différent, cette fois-ci. Je n’aurai pas à acheter l’équipement que j’ai acheté la première fois – une voiture, une tente, du personnel. Ma femme m’accompagnera et agira comme gestionnaire de projets. Nous allons aussi tenter de recruter des gens pour rouler en ma compagnie. Le trajet est complété et planifié, il y aura 20% plus de montées que pour la première partie, ce sera plus difficile physiquement, mais j’ai hâte.
Que veux-tu que les gens retiennent de ce projet?
Il y a beaucoup de stéréotypes dans les médias qui font croire aux gens que la vie s’arrête à 65 ans, que les personnes âgées doivent dépendre des autres et je voulais montrer que ce n’est pas nécessairement vrai. Je voulais montrer que la vie ne s’arrête pas après la retraite. J’ai connu plusieurs cyclistes qui m’ont dit que c’était un plaisir de rouler avec moi, que ça les inspirait à continuer, même après leur retraite.
Les gens que j’ai rencontrés en chemin – qu’ils soient triathlètes, qu’ils grimpent les plus grosses montagnes – ne reçoivent pas de reconnaissance. Leur famille et leurs amis pensent probablement qu’ils sont fous. Ils ne sont pas des professionnels qui reçoivent un salaire, ce ne sont pas des Olympiens. Ils font ce qu’ils font parce qu’ils aiment le sport, ils aiment l’endurance, ils aiment la culture. Les meilleures personnes à rencontrer sont les amateurs, qui ne reçoivent aucun crédit pour leur travail et qui le font pour aucune autre raison que leur satisfaction personnelle. C’est ce que je veux que les gens retiennent, si vous avez un projet fou, faites-le.
Robert Fletcher débutera la deuxième section de son périple le 4 juillet 2023. Il quittera de Carthagène, COL, et planifie faire ses derniers coups de pédale à Ushuaia, ARG, le 5 décembre 2023. Suivez son aventure sur son blogue ou sur Facebook.